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De 27 à 32 ans : Le grand report de la maternité au Canada et pourquoi

Voici comment la transition vers une maternité plus tardive influence la démographie canadienne.

Lefabson Sully
Lefabson Sully, B Sc, Spécialiste en MOB - Candidat à la maitrise en études des populations.

Travail de niveau académique


Au Canada, « l’âge des femmes qui accouchent est en hausse constante depuis 1977 » (Provencher et Galbraith, 2024). L’âge moyen à l’accouchement ne cesse d’augmenter, passant d’environ 27 ans au début des années 1990 à plus de 31 ans en 2023, toujours selon Statistique Canada.


La littérature souligne que cette évolution s’inscrit dans un ensemble de changements sociaux et institutionnels plus larges, incluant l’allongement de la scolarité, la montée de l’activité féminine, la recomposition des trajectoires conjugales et la transformation des rapports de genre (Samuel et Attané, 2005).


Dans ce contexte, la maternité tend à être intégrée dans un nouvel équilibre entre projet personnel, stabilité économique et choix familial, plutôt qu’à constituer une étape précoce et quasi automatique du cycle de vie. Plus loin, les sociétés modernes passent d’une période de « forte fécondité » à une période de « faible fécondité » (Lapierre-Adamcyk et Lussier 2022).  


L'augmentation de l'âge maternel au Canada, un phénomène observé de manière constante depuis la fin des années 1970, transforme profondément les dynamiques de fécondité au pays en modifiant à la fois le calendrier des naissances (effet de tempo) et le nombre total d'enfants (effet de quantum).


Voici comment cette transition vers une maternité plus tardive influence la démographie canadienne :

1. Un report généralisé et linéaire des naissances


Depuis 1991, l'âge moyen à l'accouchement au Canada a progressé de façon quasi linéaire, passant d'environ 27,8 ans à près de 31,7 ans en 2024. Ce vieillissement de la maternité n'est pas un simple ajustement statistique, mais un changement structurel majeur lié à l'allongement de la scolarité, à l'insertion accrue des femmes sur le marché du travail et à l'instabilité des trajectoires conjugales.

La maternité est désormais intégrée dans une quête de stabilité économique et de réalisation personnelle, cessant d'être une étape précoce ou automatique du cycle de vie.
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2. L'effet de « tempo » : une baisse optique de la fécondité



Le report des naissances vers des âges plus avancés crée ce que les démographes appellent un effet de tempo.

  • Mécanisme : Lorsque les femmes retardent le moment d'avoir des enfants, l'Indice Synthétique de Fécondité (ISF) observé pour une année donnée diminue mécaniquement, car les naissances qui auraient dû avoir lieu « maintenant » sont déplacées dans le futur.


  • Impact historique : Entre 1991 et la fin des années 2000, cet effet de tempo a été le moteur principal de la baisse de l'ISF au Canada. L'ISF « ajusté » (qui neutralise l'effet du délai) restait alors supérieur à l'ISF observé, suggérant que les femmes n'avaient pas nécessairement renoncé à avoir des enfants, mais qu'elles en retardaient simplement la venue.


3. L'émergence d'un effet de « quantum » : une réduction réelle

À partir des années 2010, une transformation plus profonde s'est opérée. L'ISF ajusté a commencé à diminuer lui aussi, atteignant environ 1,6 enfant par femme en 2022. Cela indique l'émergence d'un effet de quantum, c'est-à-dire une réduction réelle de la descendance finale des femmes.


  • Le report des naissances ne se traduit plus systématiquement par un rattrapage ultérieur.

  • Des contraintes économiques, professionnelles ou biologiques (liées à l'âge) font en sorte que les intentions de fécondité demeurent souvent plus élevées que la fécondité réalisée.


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4. Une instabilité de l'ISF et des niveaux historiquement bas



L'augmentation de l'âge maternel rend l'ISF très sensible aux fluctuations conjoncturelles :

  • Période 2003-2009 : On a observé une remontée temporaire de l'ISF (atteignant 1,7), expliquée par un ralentissement du report des naissances ou un effet de rattrapage de certaines cohortes.


  • Période actuelle (2020-2024) : Le Canada a atteint des niveaux de fécondité historiquement bas, autour de 1,3 enfant par femme. Cette chute s'explique par la poursuite du vieillissement de la maternité, accentuée par l'incertitude liée à la COVID-19 et des pressions économiques accrues qui forcent soit un report supplémentaire, soit un renoncement pur et simple au projet parental.


5. Conséquences pour la société canadienne

En résumé, la dynamique de fécondité au Canada est passée d'un régime de « forte fécondité » à un régime de « faible fécondité » durable, se situant bien en dessous du seuil de remplacement des générations (2,1). Ce vieillissement de la maternité redéfinit les besoins en matière de politiques publiques, notamment pour soutenir les femmes et les familles dans ce nouveau contexte de temporalité reproductive.


Selon les sources, bien que le report ait été la force dominante jusqu'aux années 2000, le Canada fait désormais face à une baisse combinée du calendrier (tempo) et du nombre d'enfants (quantum), signalant une transformation durable des comportements reproductifs.


Bibliographie  

Bongaarts, J. et Tomáš S. “A Demographic Explanation for the Recent Rise in European Fertility.” Population and Development Review 38, no. 1 (2012): 83–120. https://doi.org/10.1111/j.1728-4457.2012.00473.x.

Lapierre-Adamcyk, É. et Lussier, M.-H. (2003). 2. De la forte fécondité à la fécondité désirée. In C. Le Bourdais & V. Piché (éds.), La démographie québécoise. Montréal: Presses de l’Université de Montréal. https://doi.org/10.4000/books.pum.23952

Provencher C. et Galbraith N (2024). La fécondité au Canada de 1921 à 2022, Documents démographiques, Statistique Canada, 1-28. https://publications.gc.ca/collections/collection_2024/statcan/91f0015m2024001-fra.pdf

Samuel, O. et Attané, I. (2005). Femmes, famille, fécondité. De la baisse de la fécondité à l'évolution du statut des femmes. Revue Tiers Monde, 182(2), 247-254. https://doi.org/10.3917/rtm.182.0247.

Toulemon, L. et Testa, M.-R. (2005). Fécondité envisagée, fécondité réalisée : un lien complexe. Population & Sociétés, 415(8), 1-4. https://doi.org/10.3917/popsoc.415.0001.

 

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